
Alicia Beckelynck
Naturopathe et respithérapeute
Ballonnements, digestion difficile, fatigue inexpliquée... Et si votre microbiote intestinal avait perdu son équilibre ? De plus en plus d'études montrent que nos bactéries intestinales jouent un rôle clé dans notre santé, bien au-delà de la simple digestion. Dans cet article, je vais expliquer clairement ce qu’est la dysbiose, comment elle se manifeste, et pourquoi il est essentiel de la repérer pour retrouver un terrain favorable à la santé intestinale et mentale.
Vous avez souvent le ventre gonflé ? Des douleurs abdominales inexpliquées, un transit capricieux ou des réactions digestives à certains aliments ? Ces signes pourraient indiquer un déséquilibre de votre microbiote intestinal, qu’on appelle dysbiose ou dysmicrobisme intestinal.
Avant toute chose, il est important de consulter votre médecin ou un gastro-entérologue pour effectuer les examens nécessaires, surtout si on a plus de 40 ans avec ou sans antécédents (coloscopie, endoscopie, biopsie, etc.). L’objectif : s’assurer qu’aucune pathologie digestive n’est en cause.
Une fois cela écarté, il est pertinent d'explorer la piste d'une dysbiose. En naturopathie et en micronutrition, l’analyse des habitudes de vie est un premier levier d’investigation pour comprendre ce qui a pu déséquilibrer votre flore intestinale.
Notre intestin abrite des milliards de micro-organismes – bactéries, levures, virus – qui forment ce qu’on appelle le microbiote intestinal. Nous avons davantage de bactéries en nous que de cellules ! Cet écosystème, bien que discret, joue un rôle fondamental dans la digestion, l’immunité, et même l’équilibre émotionnel.
Une dysbiose correspond à un déséquilibre de la flore : certaines bactéries deviennent trop nombreuses, d'autres se raréfient, créant un terrain propice à des troubles digestifs, mais pas seulement.
Les conséquences ne sont pas négligeables, car la flore microbienne du tube digestif intervient à différents niveaux :
Au niveau métabolisme et nutrition :
Au niveau physiologie et eutrophie intestinale :
la flore digestive a également des incidences en ce qui concerne :
La flore anaérobie stricte du côlon produit, elle, des acides gras à chaîne courte, en particulier l'acide butyrique, principale source de la muqueuse colique.
Au niveau des défenses anti-infectieuses :
La flore intestinale constitue un formidable élément de maturation du système lymphoïde intestinal et par là partie intégrante des défenses immunitaires de l'organisme. Elle oppose un véritable effet de barrière vis-à-vis des germes de l'environnement
Certes, certaines personnes peuvent avoir hérité d'un microbiote plus résistant que d'autres (c'est pour cela que je questionne mes clients notamment sur le contexte de leur naissance), mais ces facteurs peuvent fragiliser même les plus robustes si les mauvaises habitudes persistent depuis une longue période ou si les facteurs sont combinés.
Selon les bactéries impliquées, les signes peuvent varier. Voici les principaux profils :
Les symptômes de ce type de dérèglement sont :
Les symptômes liés à de ce type de dysbiose sont :
Plus difficile à combattre (mais des protocoles naturels existent) la candidose va se manifester par :
👉 À noter : ces signes ne sont pas toujours tous présents. Et plusieurs dysbioses peuvent coexister chez une même personne.
Pour confirmer une dysbiose, des analyses spécifiques existent (métabolites urinaires, acides gras à chaîne courte...). Vous pouvez en parler à votre médecin qui jugera de l'opportunité de faire ces recherches.
Le SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth) n’est pas à proprement parler une dysbiose, mais il touche aussi le microbiote. Il s’agit d’un excès de bactéries dans l’intestin grêle, là où elles ne devraient pas être aussi nombreuses.
Un test respiratoire ("breath-test") permet de poser le diagnostic, avant d'envisager une prise en charge ciblée avec votre praticien.
Dans certains cas, un terrain dysbiotique peut être lié à des pathologies comme :
Ces pathologies peuvent entraîner :
L’accompagnement naturopathique visera ici à soutenir :
✔️ La réduction de l’inflammation
✔️ La restauration de la muqueuse intestinale
✔️ Le rééquilibrage alimentaire (régime méditerranéen)
✔️ La gestion du stress et l’arrêt du tabac le cas échéant
Les conséquences de la dysbiose dépassent souvent les seuls troubles digestifs. Elle peut impacter notre "terrain", c’est-à-dire le milieu dans lequel baignent nos cellules. Ce terrain influence de nombreux processus physiologiques.
SIBO et amaigrissement : les nutriments sont "dévoyés" par les bactéries de l’intestin grêle, créant des carences malgré une alimentation équilibrée.
Dysbiose de putréfaction et inflammation : certaines bactéries produisent des toxines (LPS) qui favorisent une inflammation de bas grade, liée à des troubles comme les douleurs articulaires, le surpoids, le diabète de type 2 ou encore des troubles neurologiques.
Flore déséquilibrée et perméabilité intestinale : une baisse des acides gras à chaîne courte fragilise la muqueuse intestinale, ce qui peut favoriser des intolérances alimentaires et des maladies auto-immunes.
Après un entretien rigoureux qui passera par une série de questions pour mieux comprendre de quel type de dysbiose souffre le client, je vais m'appliquer à déterminer les priorités d'intervention sur l'intestin. Il est probable qu'il conviendra d'abord de le "réparer" en essayant de refaire un mucus de qualité (le cocon douillet de la flore). Dans le même temps, si on a décelé des sensibilité alimentaires, il faudra écarter les aliments qui risquent de ruiner le travail de réparation. Ensuite seulement, ce sera intéressant de réinoculer des souches bactériennes en sélectionnant les familles avec soin. Enfin, en suivant les recommandations alimentaires et en apportant les bons nutriments, on va renforcer durablement la barrière intestinale et se donner toutes les chances de rebooster l'immunité naturelle.
Si je devais citer les principaux outils que nous avons, nous naturopathes, à notre disposition pour accompagner les personnes souffrant de dysbiose, je citerais les suivants :
Un programme adapté va s'appliquer à développer la variété de la flore intestinale en nourrissant les bonnes bactéries et en réduisant les facteurs qui les déséquilibrent.
Bien préparer les légumineuses
On peut être amenés à recommander certaines plantes ayant des effets digestifs, anti-inflammatoires, antimicrobiens ou protecteurs de la muqueuse intestinale.
Parmi celles souvent utilisées :
On recommandera parfois de prendre des tisanes digestives quotidiennes entre les repas. Il vaut mieux être équipé d'une bonne bouilloire !
En aromathérapie, on pourra avoir recours aux huiles essentielles de coriandre, de menthe poivrée, de carvi, de lavande vraie, d’origan, de thym, de clou de girofle qui sont également appréciées pour leurs qualités anti-bactériennes et anti-fongiques.
On va plutôt conseiller une approche progressive en introduisant au bon moment des probiotiques ciblés avec certaines souches (comme Lactobacillus et Bifidobacterium) peuvent aider à restaurer l’équilibre de la flore et des prébiotiques doux (ne pas bouder les fruits riches en pectine) qui nourrissent les bactéries bénéfiques.
Toujours à introduire comme je le disais progressivement et dans le bon timing pour éviter la production de gaz excessifs.
L’équilibre intestinal ne se restaure pas qu'avec l’alimentation. Comme notre équilibre mental influence aussi notre microbiote, il sera utile de repérer s'il ne faut pas compléter l'accompagnement par :
Je recommande généralement une stratégie en plusieurs étapes :
Hippocrate l’évoquait déjà il y a plus de 2 000 ans. Si cette affirmation mérite d’être nuancée, les recherches récentes sur le microbiote confirment qu’il joue un rôle central dans notre santé globale (physique et mentale).
En rendez-vous naturopathique, repérer une dysbiose, et en identifier les causes, permet d’intervenir à la racine des troubles. Et surtout, sachez qu'il est possible d’agir pour contribuer à restaurer et préserver un microbiote sain : une alimentation variée, une bonne gestion du stress, de l’activité physique adaptée (avec des pratiques mixant intensité et activités douces) et une meilleure hygiène de vie sont autant de piliers pour soutenir votre flore intestinale et votre bien-être, durablement.
Crédits photos : Nemer-t, Canva.
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